STELLA MARE (Université de Corse /CNRS) : la reproduction des oursins au cœur d’un programme de recherche

Focus

Après cinq années de recherche, les équipes de la plateforme scientifique de l’Université de Corse et du CNRS sont parvenues à maîtriser le cycle de reproduction des oursins. Un enjeu écologique, économique et patrimonial.

 

 

C’est l’un des fers de la recherche halieutique à l’Université de Corse et du CNRS. Depuis 2012, entre les murs du Laboratoire Stella Mare (CNRS / Université de Corse), cette plateforme dédiée à l’ingénierie écologique marine et littorale en Méditerranée, les équipes de chercheurs se sont attachées à étudier les échinodermes de Corse dans toutes ses composantes. Objectif : mieux connaître l’oursin et répondre à une demande des professionnels de la pêche qui se sont tournés vers l’Université de Corse, inquiets de la raréfaction de l’espèce. « Depuis plusieurs années, nous avons constaté une forte diminution des stocks de cette ressource », observe Maxime Bianchini, président de la commission « oursins » du comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Corse (CRPMEM).

 

Installé depuis plus de vingt ans à Bonifacio, le pêcheur a remarqué au fil des ans une surexploitation de l’espèce, des dégradations d’habitats ainsi que des pollutions ayant, selon lui, contribué au tarissement des stocks d’oursins. « Il s’agissait avant tout de mettre la recherche au service du territoire, en répondant à cette problématique qui représente un enjeu écologique et met en péril l’activité des professionnels de la pêche », considère Sonia Ternengo, maître de conférences à l’Université de Corse et responsable du programme « oursin » au sein de l’unité Stella Mare. À la tête d’une équipe de sept scientifiques, la chercheuse s’est efforcée d’étudier notamment les périodes de ponte, la dispersion des larves, la génétique ou encore les conditions de vie des oursins dans le milieu naturel pour mener des expériences de reproduction en bassin et compenser les effets de la main de l’Homme.

 

Résultat : au terme de cinq ans de recherche, les équipes de la plateforme halieutique de l’Université de Corse et du CNRS sont parvenues à maîtriser le cycle de reproduction des échinodermes. Dans le cadre de ces travaux, 60 000 juvéniles, « bébés oursins » sont nés à Stella Mare et issus du littoral corse.

 

Grâce aux connaissances acquises et aux avancées significatives dans les techniques d’élevage de l’oursin, une partie d’entre eux va être introduite dans le milieu naturel sur certains sites très fragilisés. Cela doit permettre aux chercheurs d’étudier le comportement de l’oursin en milieu naturel dans des conditions sécurisées de déplacement et d’introduction in situ. Un enjeu de taille à l’heure où les échinodermes semblent presque en voie de disparition dans certains secteurs marins. Afin de suivre l’évolution des populations d’oursins, huit sites littoraux sont particulièrement observés par les chercheurs aux quatre coins de la Corse, où l’espèce semble décimée. « Dans une zone du Cap Corse, à Macinaghju, nous procédons régulièrement au comptage des oursins depuis 2013, explique Sonia Ternengo. Sur une surface d’environ 100 mètres carrés observée par nos chercheurs, nous n’en avions trouvé que deux… »

 

Maîtriser la reproduction des oursins doit donc permettre de pallier des ressources de plus en plus déclinantes afin d’assurer la survie de la pêche. Le risque s’avère d’ailleurs non négligeable pour les professionnels : chaque année, environ un million d’oursins sont pêchés en Corse par une vingtaine de professionnels qui l’ont mis au cœur de leur activité économique. « Sans cet accompagnement de la recherche qui va nous permettre de maîtriser la ressource tout en respectant le milieu, nous pourrions nous retrouver confrontés à d’importants problèmes de gestion des stocks, voire à un arrêt de cette activité », précise Maxime Bianchini.

 

D’ailleurs, les équipes scientifiques de Stella Mare ne comptent pas s’arrêter à ce niveau de la recherche. Ces phases expérimentales de restauration des populations d’oursins doivent être mises en œuvre dans les quatre prud’homies de Corse. En parallèle, les chercheurs planchent sur une autre problématique : celle des gonades pas suffisamment pleines. « A terme, notre objectif est d’obtenir des oursins matures avec de belles gonades en recherchant une alimentation naturelle adaptée qui influencera la croissance et le goût des oursins », projette Sonia Ternengo.

Un vaste chantier.

 

La Recherche à l'Université de Corse

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