Covid-19 : comment l’Université de Corse s’implique face à l’épidémie

Focus

L’Université de Corse a été la première à fermer ses portes en France en raison du coronavirus. Face à cette situation de crise inédite, l’établissement a revu en profondeur son fonctionnement pour assurer au mieux la continuité pédagogique et se mobilise à travers une série d’actions tournées vers le territoire.

 

Dans un contexte sanitaire inédit où la Corse est aux avant-postes, l’Université de Corse est elle aussi en première ligne dans la lutte contre le coronavirus. Depuis le début de la crise, les initiatives se multiplient sur le campus de Corte pour faire face à l’épidémie. Cette situation sans précédent a conduit l’institution à prendre rapidement des mesures en modifiant en profondeur son fonctionnement interne en raison du confinement. Dès le 9 mars, anticipant d’une semaine les directives du gouvernement, l’Université de Corse a été la première à fermer ses portes aux étudiants en France au regard des risques sanitaires induits par une épidémie galopante, dont la ville d’Ajaccio a été l’un des premiers clusters nationaux.

 

 

Depuis lors, les quelque 4700 étudiants du campus de Corte suivent leurs différents enseignements en distanciel sur une plateforme de cours en ligne développée par sa Direction des Systèmes d’Information. Si celle-ci préexistait à la fermeture de l’établissement, son offre a été étoffée afin d’assurer au mieux la continuité pédagogique. Les enseignants peuvent ainsi y déposer des documents, des exercices, des vidéos ou proposer des visioconférences. « Cette situation inédite, déroutante voire déstabilisante, nous oblige à repenser nos schémas, à construire des dispositifs innovants, à réinventer nos pratiques explique Dominique Federici, le président de l’Université de Corse. Même si un cours donné à distance ne remplacera jamais le présentiel, notre objectif est de maintenir un lien étroit avec nos étudiants et de mettre tout en œuvre pour assurer une continuité pédagogique. Cette méthode a trouvé un écho très favorable auprès de la communauté universitaire, qui se prête volontiers à l’exercice avec plus de 2600 cours proposés. Le nombre de connexions sur la plate-forme a d’ailleurs quadruplé depuis la fermeture du campus ».

 

Afin d’accompagner tous les étudiants dans cette période, l’Université de Corse et le Crous de Corse se sont coordonnés dans le but de soutenir les publics en difficulté via une cellule de soutien composée notamment d’assistantes sociales et de personnels de la Direction des Etudes et la vie Universitaire. Du matériel informatique ou des aides financières sont aussi mis à disposition. La Fondation de l’Université de Corse et ses partenaires sont également totalement impliqués dans cette démarche. La Fondation a, par exemple, mobilisé des entreprises de la grande distribution afin de mettre des bons d’achat à disposition des étudiants en situation de précarité et d’isolement. « C’est une opération complémentaire de celles mises en œuvre par l’Université et le Crous, précise Graziella Luisi, la directrice de la Fondation. Une cinquantaine d’étudiants en difficulté se sont d’ores et déjà fait connaître auprès de notre cellule d’urgence pour en bénéficier ».

 

Pour autant, l’action de l’Université de Corse dans la crise du coronavirus ne se limite pas au seul campus de Corte. Le 21 mars dernier, la Fondation universitaire a lancé une vaste campagne de collecte de fonds en faveur de l’hôpital de la Miséricorde d’Ajaccio, en mobilisant ses partenaires, des entreprises, la communauté universitaire, des associations et particuliers.

Cette opération a permis de récolter plus de 61 000 euros émanant de quelque 700 contributeurs. Les fonds collectés ont fait l’objet d’un premier versement à l’hôpital d’Ajaccio le 31 mars pour le financement de trois respirateurs, à raison de 17 000 euros pièce. « Nous avons pris contact avec les différents établissements de santé afin de connaître leurs besoins en matière de matériel d’urgence, développe Graziella Luisi. Un deuxième versement sera effectué en fin de collecte et permettra de financer l’achat d’équipements cruciaux pour améliorer la prise en charge des patients ».

 

 

Face aux difficultés rencontrées par les soignants et les personnels d’établissements de santé exposés au COVID-19, l’Université de Corse peut compter sur la mobilisation et l’inventivité de tous ses acteurs. Les laborantins de l’IUT de Corse et de la Faculté des Sciences et Techniques se sont naturellement investis dès le début de la crise afin d’initier la fabrication de solution hydroalcoolique. Devenu rare en pleine épidémie et utilisé comme désinfectant pour les mains, ce produit a été destiné en premier lieu à l’Ehpad de Corte et à l’Académie de Corse afin d’approvisionner les écoles accueillant les enfants du personnel soignant. « Nos équipes seront en mesure dans les prochains jours de produire de nouvelles quantités avec le soutien du domaine Mavella qui mettra à disposition des matières premières, fait savoir Dominique Federici. L’Université est mobilisée pour répondre aux besoins des Ehpad de Corse, mais aussi des autres acteurs de terrain qui se retrouveraient en rupture de stock ».

 

Équiper les personnels exposés aux risques de contamination, c’est justement à cela que s’attelle le Fab Lab universitaire depuis le début de l’épidémie. Pour faire face à la pénurie de masques et de matériel de protection, plusieurs initiatives se sont structurées afin de produire des visières anti-projection à l’aide d’imprimantes 3D. Autour du Fab Lab de l’Université de Corse, un réseau constitué d’une quarantaine de makers indépendants, d’autres fab lab et de lycées s’est organisé aux quatre coins de l’île pour fabriquer gratuitement ces visières avec une capacité de production collective d’environ 450 pièces par jour. « Notre objectif est d’équiper les établissements médicaux et para-médicaux, mais aussi les institutions et entreprises dont les personnels sont en contact avec le public, indique Vannina Bernard-Leoni, directrice du pôle Innovation et Développement à l’Université de Corse. Toutes ces organisations peuvent bénéficier de ces visières sur simple commande ».

 

C’est dire si tous les outils dont dispose l’Université sont pleinement mobilisés dans la lutte contre le coronavirus, y compris sur le plan scientifique à travers la mise à disposition du plateau technologique de l’Université de Corse. Le 30 mars, son laboratoire de virologie, Bioscope Corse Méditerranée, a reçu l’agrément de l’Agence régionale de santé (ARS) pour effectuer des tests de dépistage du Covid-19 à des fins de diagnostics médicaux. Il a ainsi rejoint les deux autres laboratoires de l’île pouvant réaliser les tests, à Bastia et à Ajaccio. Compte tenu des faibles moyens actuels, causé notamment par une pénurie de kits de prélèvement, ces analyses sont pratiquées prioritairement sur les personnels de santé et les personnes à risques ayant trait au centre anti-Covid-19 de Corte et seront étendues par la suite à d’autres régions de l’île.

 

Dans ce cadre, l’Université de Corse apporte sa contribution pour faire de la Corse un territoire pilote pour combattre la maladie. Un collectif « anti-Covid-19 Corsica » réunissant des membres de la communauté universitaire, du corps médical et de la société civile (15 000 co-signataires) s’est d’ailleurs constitué et plaide pour la mise en place de deux mesures phares : un dépistage généralisé du Covid-19 dans l’île et l’extension du cadre de prescription du traitement à base d’hydroxychloroquine.

 

 

Avril 2020