Plateforme STELLA MARE, un phare pour « l’économie bleue »

Focus

Créée par l’Université de Corse en 2011, cette plateforme de recherche est centrée sur l’ingénierie écologique marine et littorale. Son objectif : mieux maîtriser les ressources halieutiques de la Méditerranée pour répondre aux besoins des professionnels de la mer tout en préservant cette ressource pour les générations futures.

C’est l’un des fleurons de la Corse en matière de recherche scientifique. Bâtie sur 2 500 m2 sur le cordon lagunaire de la Marana, à cheval entre l’étang de Chjurlinu et la mer Tyrrhénienne près de Bastia, la plateforme Stella Mare de l’Université de Corse, labellisée en juin 2011 par le CNRS puis par les pôles de compétitivité « Mer PACA » et « Aquimer », s’investit dans le domaine de l’ingénierie écologique marine et littorale en Méditerranée. Au sein de quelque 115 bassins et d’une quarantaine d’aquariums munis de technologies de pointe, ses chercheurs s’efforcent d’imaginer, en concertation avec les professionnels de la mer, la pêche et l’aquaculture de demain dans le bassin méditerranéen, véritable hot-spot de la biodiversité . L’objectif de ses programmes : « faire en sorte que l’homme puisse évoluer au sein de l’écosystème et continuer à prélever certaines espèces sans les dégrader », explique Antoine Aiello, directeur de Stella Mare. « Il s’agit d’apporter des solutions concrètes aux problématiques rencontrées par les professionnels de la mer, de concilier l’exploitation des ressources naturelles marines et leur préservation ».

À ce titre, les équipes de Stella Mare travaillent sur l’amélioration des connaissances concernant la reproduction et l’évolution de nombreuses espèces, à l’instar du denti, du homard, de l’oursin, du corb, de la patelle géante et de l’huître plate, en collaboration étroite avec les pêcheurs, les aquaculteurs et les quatre prud’homies de l’île. En parallèle, les chercheurs de l’Université de Corse et du CNRS abordent également les problématiques de restauration du milieu naturel et de protection de la biodiversité. À titre d’exemple, alors que la reproduction des oursins est désormais maîtrisée par les scientifiques de Stella Mare, les équipes de la plateforme ont débuté cette année une restauration écologique à Macinaghju, dans le Cap Corse, en procédant notamment à la construction de micro-habitats afin de favoriser un retour à l’état initial du site.

L’exemple de l’huître est également probant : un réensemencement en milieu naturel d’huîtres plates produites par les équipes de Stella Mare – à ce jour plus de 143 000 huîtres, issues de géniteurs de l’étang de Diana – est en cours. Objectif : répondre à la problématique de mortalité importante de l’espèce cultivée actuellement (huître creuse), observée par les ostréiculteurs. L’huître plate offre une meilleure résistance, une plus grande qualité gustative. En ce sens, la démarche permet à la fois de travailler un produit identitaire à forte valeur ajoutée et de réintroduire une espèce locale dans son milieu naturel. Mieux : les travaux menés à Stella Mare pourraient permettre de maintenir, voire de relancer d’autres espèces comme la patelle géante, en danger d’extinction, et dont la Corse demeure l’un des derniers gisements au monde. « À terme, notre objectif serait de procéder à une restauration écologique de cette espèce sur l’ensemble du bassin méditerranéen », projette Antoine Aiello.

Des enjeux de taille pour les professionnels de la mer, conscients que les ressources halieutiques doivent être gérées aujourd’hui comme un patrimoine précieux. Car si la Méditerranée abrite plus de 7,5 % de la faune marine mondiale, c’est aussi dans ce bassin que l’érosion de la biodiversité est considérée comme la plus préoccupante au monde. « La recherche est pour nous un atout fondamental afin de maîtriser les ressources naturelles et nous permettre de renouveler nos pratiques pour impacter le moins possible le milieu naturel », considère Philippe Riera. Président de Gloria Maris Groupe (société corse leader de l’aquaculture marine en France), cet entrepreneur a été l’un des premiers partenaires de Stella Mare. Aujourd’hui, il ne cache pas l’intérêt qu’il a trouvé, d’emblée, dans la démarche de la plate-forme. L’élevage de nouvelles espèces locales permet à la fois de diversifier le marché, d’augmenter les stocks naturels exploités et de travailler avec des produits identitaires à forte valeur ajoutée. « Mieux connaître une espèce, c’est aussi élargir le champ de nos compétences et avoir la possibilité d’innover, comme nous avons pu le faire autour du homard ces dernières années. L’idée n’est pas de produire plus, mais de produire mieux. Tout cela conditionne nos succès futurs ».

Un intérêt économique que le dirigeant de Gloria Maris n’est pas le seul à relever. Figurant parmi les précurseurs du projet Stella Mare, Gérard Romiti, président du Comité national des pêches maritimes et des élevages marins, en est certain : « Les pêcheurs d’aujourd’hui ont besoin d’une expertise scientifique pour pérenniser la ressource et mieux connaître le milieu dans lequel ils travaillent. La pêche corse a perdu beaucoup d’activité ces cinquante dernières années. Maîtriser des outils innovants et la reproduction des espèces, c’est indispensable pour favoriser l’installation de jeunes pêcheurs, donc créateur d’emplois », assure Gérard Romiti, qui préside également le comité régional des pêcheurs en Corse, représentant quelque 198 entreprises dans l’île.

Mais, au-delà de la recherche et du transfert de technologies, Stella Mare comporte aussi une mission pédagogique visant à sensibiliser la population aux problématiques du milieu naturel marin. En partenariat avec l’Académie de Corse et l’association U Marinu, la plate-forme accueille chaque année des centaines de scolaires autour d’un parcours pédagogique et ludique, pour découvrir les espèces à l’étude sur la plate-forme, les spécificités de la Méditerranée et son patrimoine naturel. Histoire de faire rayonner les travaux de Stella Mare au-delà de ses murs, et de les transmettre en héritage aux générations futures.

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