L’Université de Corse / CNRS / INRA, acteurs de la lutte contre le changement climatique

Focus

Depuis 2017, à travers le programme PADDUC-CHANGE, l’Université de Corse / CNRS / INRA cherchent à inventorier, préserver et renforcer les puits de carbone que l’île abrite au travers d’écosystèmes spécifiques et contribuer ainsi à une meilleure évaluation de son bilan carbone.

 

 

La philosophie du projet est simple : il s’agit d’atténuer autant que possible les effets du changement climatique en Corse. Depuis novembre 2017, dans le cadre du programme PADDUC-CHANGE, aux côtés de ses partenaires, l’Office de l’environnement de la Corse (OEC), la STARESO et le centre de plongée sous-marine Costa Verde Loisirs, l’Université de Corse, le CNRS et l’INRA, au travers de la Fédération de Recherche Environnement et Société, s’efforce d’inventorier, de maintenir et de valoriser les puits de carbone naturels présents dans l’île. Autrement dit, les réservoirs naturels ou artificiels capables d’absorber le carbone en circulation dans la biosphère.

Dans le droit fil de l’accord de Paris de décembre 2015, visant à contenir le réchauffement de la planète, le programme constitué par une dizaine d’enseignants-chercheurs de l’Université de Corse / CNRS / INRA étudie les stocks de carbone piégés par la végétation insulaire et leur contribution à la séquestration des gaz à effet de serre (ex gaz carbonique). « La Corse dispose d’atouts importants en la matière, fait savoir Gérard Pergent, professeur d’écologie marine à l’Université de Corse et responsable du programme PADDUC-CHANGE. C’est avant tout son environnement préservé qui permet ces études spécifiques et le fait que l’île abrite deux écosystèmes particulièrement performants dans la fixation et la séquestration du carbone ».

Le scientifique ne fait pas mystère de ces deux « écosystèmes clés » qui sont aujourd’hui au cœur de ce programme de recherche. Les chercheurs se penchent en effet sur deux atouts spécifiques à la Corse : des pozzines d’altitude, sorte d’oasis des montagnes corses assimilables à des tourbières d’altitude, et de vastes herbiers sous-marins de posidonies très présents sur le pourtour de l’île. « Notre objectif est de mieux conserver et, si possible, de renforcer ces puits de carbone naturels, précise Gérard Pergent. Cela passe par un inventaire des quantités de carbone séquestrées dans ces deux écosystèmes et une analyse de leur évolution, mais aussi par une étude des mécanismes naturels qui en sont à l’origine ».

Durant tout le mois d’août 2018, les chercheurs du programme PADDUC-CHANGE ont d’ailleurs sillonné les côtes corses pour tenter de mesurer, lors d’une campagne de recherche à bord d’un navire océanographique, les quantités de carbone fixées dans les quelque 53 000 hectares de posidonies qui jouxtent le littoral insulaire. Selon les premières estimations des scientifiques, les herbiers de posidonies concentreraient plusieurs centaines de kilogrammes de carbone par m². Les chercheurs en sont désormais convaincus : la Corse a une place à part en Méditerranée au regard de ses écosystèmes spécifiques et de son couvert végétal unique (écosystèmes forestiers) et il faut s’efforcer de la pérenniser en réduisant les impacts de la main de l’Homme. « Depuis plusieurs décennies, des pressions très fortes sont exercées sur 

 

les pozzines au regard de la fréquentation touristique des montagnes, souligne Gérard Pergent. Côté mer, l’impact des activités nautiques et des constructions littorales est également susceptible de mettre en péril les posidonies et les services écosystémiques qu’elles fournissent. Notre rôle va donc consister à élaborer des plans de gestion permettant d’assurer la conservation de ces écosystèmes et de maintenir les activités socio-économiques qui gravitent autour ».

À cet égard, les scientifiques s’appuient beaucoup sur l’Office de l’Environnement de la Corse qui intervient en tant que gestionnaire de sites sensibles. Celui-ci a été en particulier désigné animateur du site Natura 2000 « grand herbier de la côte orientale » qui, avec une superficie d’environ 20 000 hectares, est l’un des plus grands herbiers de posidonies de Méditerranée. Mais le rôle de l’OEC ne se cantonne pas à cela : en tant qu’établissement en charge de porter la politique environnementale corse, il intervient également pour le recueil des données et participe à des programmes relatifs au processus d’adaptation au changement climatique.

 

 

« Par la création ou la gestion d’espaces protégés terrestres et marins mais aussi par la mise en œuvre d’actions spécifiques comme la structuration d’un observatoire régional des zones humides, nous participons à améliorer la connaissance des écosystèmes/habitats-clés ciblés par cette opération, explique Joseph Donini, responsable du département « stratégies et sciences de la mer » à l’OEC. Elle devrait nous permettre à moyen terme d’évaluer la résilience de ces écosystèmes face à une anthropisation grandissante, leur contribution respective à l’atténuation des effets du changement climatique, et de proposer, in fine, des mesures de gestion permettant d’améliorer leur état de conservation ».

De ce point de vue, les travaux menés dans le cadre de PADDUC-CHANGE visent toutefois à dépasser le cadre de la préservation pour optimiser le rôle de ces écosystèmes et le rapport entre émission et fixation de carbone. « La Corse a une carte à jouer en matière de protection de l’environnement car c’est sans doute l’une des régions parmi les plus efficaces de par son écosystème naturel capable d’atténuer par lui-même les effets du changement climatique, considère Gérard Pergent. En Méditerranée et plus encore en Europe, peu de régions présentent un bilan carbone positif, qui consisterait à fixer davantage de carbone qu’elles en émettent ».