Fabbrica Design : la laine corse au cœur d’un projet d’innovation

Focus

Deux designers de la résidence d’artistes de l’Université de Corse ont travaillé sur la valorisation de cette matière abondante mais encore sous-exploitée dans l’île. Objectif :  explorer de nouvelles façons de créer pour développer des produits innovants.

 

L’objectif est clair : il s’agit de renouveler le regard sur la laine corse, en cherchant des usages innovants pour valoriser cette matière. Pour la quatrième édition de Fabbrica Design, une résidence d’artistes-designers mise sur pied en 2014 par la Fondation de l’Université de Corse et la filière Arts plastiques et arts appliqués pour développer des produits autour des matériaux issus du territoire insulaire, deux jeunes designers ont travaillé sur la valorisation de cette matière abondante mais encore sous-exploitée dans l’île.

 

Retenus par un comité de sélection après un appel à projets, Pauline Bailay, 24 ans, et Hugo Poirier, 25 ans, respectivement diplômés de l’Ecole Boulle et de l’ENSCI, ont obtenu une bourse afin de mener des expérimentations sur la laine corse durant quatre mois en s’appuyant sur le Fab Lab de l’Université de Corse, muni des instruments et outils nécessaires pour concevoir et prototyper des produits innovants. Au cours de leur résidence, ils ont exploité en toute autonomie les caractéristiques propres à la laine corse pour imaginer différents types de produits, des tapis à l’allure branchée aux chaussures en passant par des pochettes pour ordinateurs et smartphones 100 % en laine. Objectif : proposer des prototypes, à développer en collaboration avec des artisans locaux, pour travailler sur la transformation du matériau et s’orienter vers une commercialisation de leur production. « L’idée est de trouver de nouvelles pistes mettant en jeu plusieurs circuits économiques, des tisserands aux cordonniers, afin de trouver des débouchés innovants pour la laine corse, expliquent Pauline Bailay et Hugo Poirier. Compte tenu de son caractère particulièrement rêche et dru, il s’est agi, au cours de nos travaux, de la confronter à d’autres matériaux pour trouver des usages autres que vestimentaires, car la laine corse ne se prête pas vraiment au contact du corps ».

 

Une manière de répondre, aussi, à une problématique économique en lien avec une ressource sous-exploitée : sur les quelques 90 tonnes de laine produites dans les exploitations pastorales chaque année en Corse, actuellement seuls 500 kilos sont utilisés. « Développer un projet autour de ce matériau ancestral en le revisitant avec un regard moderne pourrait donner une impulsion à la filière pastorale corse en trouvant de nouveaux débouchés, considère Jean-Joseph Albertini, porteur du projet Fabbrica Design à l’Université de Corse. Ces travaux de design doivent permettre d’interroger ces savoir-faire et de faire naître de nouvelles idées au contact de la matière, des nouvelles technologies et des ressources du territoire pour transmettre des techniques innovantes ».

 

Un enjeu de taille pour l’exploitation de la laine corse. D’ailleurs, dans le droit fil des travaux initiés au sein de Fabbrica Design depuis 2014, l’équipe pédagogique qui encadre la résidence d’artistes planche depuis plusieurs mois sur la sécurisation juridique d’une marque déposée par l’Université de Corse. Le but : obtenir la création d’un label « Fabbrica Design », gage de la qualité et du caractère innovant des produits conçus dans les murs de la résidence d’artistes. « Notre ambition est de pouvoir s’approprier les matériaux disponibles sur le territoire insulaire pour leur donner une vraie valeur ajoutée, fait savoir Jean-Joseph Albertini. Car la ressource existe et il nous appartient de la valoriser pour lui donner une utilité sociale et, par la suite, économique ».

Avec un mot d’ordre cher à l’équipe de Fabbrica Design : faire ce que l’on peut avec ce que l’on a, où l’on se trouve.