L’Université de Corse / CNRS donne un coup de jeune au Moyen Âge !

Focus

À travers un programme scientifique, l’Université de Corse / CNRS cherche à aborder sous un nouvel angle cette période majeure de l’histoire insulaire. Objectif : redécouvrir et valoriser ce patrimoine médiéval à des fins culturelles mais également touristiques.

 

 

Souvent associé à l’obscurantisme, à la magie noire ou aux invasions barbares, le Moyen Âge a parfois la vie dure. Pourtant, cette période phare de l’histoire, qui s’étend sur un millier d’années, est aussi une période riche dont l’héritage est fortement ancré aux quatre coins de la Corse et témoigne des importants liens noués à travers les siècles avec l’Italie et le monde méditerranéen. C’est la raison pour laquelle l’Université de Corse / CNRS a fait de la valorisation du passé médiéval de l’île l’un de ses fers de lance depuis plusieurs années. L’intitulé du projet qu’elle porte démontre que le cap est fixé : « Les espaces de la Corse médiévale ; valorisation scientifique, patrimoniale et touristique du territoire insulaire ». Un projet financé par la Collectivité de Corse dans le cadre du programme européen FEDER.

À travers ce programme scientifique mis en œuvre par le laboratoire Lieux, Identités, eSpaces et Activités (LISA), l’Université de Corse et le CNRS s’efforcent de redécouvrir et de mettre en lumière cette période majeure de l’histoire insulaire. « Ces vingt dernières années, une dizaine de thèses et une trentaine de mémoires de Master ont été réalisés sur cette période à l’Université, rappelle Vannina Marchi Van Cauwelaert, maître de conférences à l’Université de Corse, chargée de ce programme. Ces recherches, conduites notamment par le professeur Jean-André Cancellieri, nous ont permis d’atteindre un niveau de connaissance scientifique solide sur l’histoire et le patrimoine médiévaux de la Corse qu’il s’agit aujourd’hui de valoriser auprès du grand public ».

Les objectifs ? Diffuser ce savoir, changer l’approche vis-à-vis du Moyen Âge et rattraper le retard de l’île en matière de valorisation patrimoniale. Le programme a démarré par de la recherche fondamentale sur la Corse médiévale en s’appuyant notamment sur une analyse approfondie de la chronique de Giovanni della Grossa. Au cœur de ce projet : la réalisation d’une édition numérique et scientifique de ce texte du XVe siècle, à forte valeur historiographique et littéraire. « Cette chronique, est d’une très grande richesse en ce qu’il s’agit d’une histoire de l’île vue de l’intérieur. Sa lecture nous plonge directement dans l’univers des Corses du Moyen Âge, explique Vannina Marchi Van Cauwelaert. Cette édition numérique doit nous permettre à la fois de mieux diffuser ce texte qui demeure peu connu, aussi bien du public que des spécialistes, et de croiser le récit du chroniqueur avec les données du terrain issues de l’enquête archéologique ».

À terme, l’objectif est d’adosser à cette édition critique de la chronique de Giovanni della Grossa une encyclopédie interactive du Moyen Âge corse comportant notamment des atlas cartographiques et des renvois vers des sites archéologiques et des documents d’archives numérisés. Cependant, les protagonistes de ce projet comptent voir bien plus loin que la mise à disposition du public de cette recherche fondamentale pour prolonger ce programme vers la société civile. À titre d’exemple, un itinéraire autour du patrimoine médiéval et militaire de Bonifacio est en cours de réalisation en partenariat avec l’office de tourisme de la cité des falaises avec des débouchés économiques à la clé. Le concept ? Il consiste à mettre en valeur les fortifications génoises en s’appuyant notamment sur une reconstitution en 3D du Torrione génois de Bonifacio, afin de proposer des visites à la fois virtuelles et réelles. « L’intérêt est de créer un nouveau produit touristique de valorisation de ce patrimoine, en donnant à voir le fruit de la recherche scientifique, développe Vannina Marchi Van Cauwelaert. Bonifacio est la ville de Corse qui a le patrimoine médiéval le plus riche et le plus connu. C’est une ville pilote pour installer une collaboration entre les chercheurs et les professionnels du tourisme en appliquant les nouvelles technologies à la valorisation du patrimoine ».

En parallèle, d’autres actions sont également planifiées à plus grande échelle sur le territoire insulaire. En partenariat avec le musée archéologique de la Corse, une exposition itinérante sur les « Lieux de mémoire du Moyen Âge corse » a été inaugurée en octobre 2019 à Corte, pour mettre en valeur ce gisement historique et l’empreinte mémorielle de la période médiévale. Constitué de panneaux traditionnels et de supports numériques interactifs, ce circuit patrimonial 2.0 vise à restituer les fruits de la recherche à destination du grand public local et touristique dans plusieurs communes de l’île, tout en donnant un coup de jeune au Moyen Âge.

Pour autant, ce programme scientifique porté par l’Université de Corse et le CNRS n’occulte pas l’un des aspects essentiels de la recherche : la transmission aux nouvelles générations à travers le public scolaire et le réseau académique. D’ici 2020, les équipes du Laboratoire LISA doivent mettre sur pied une application numérique à usage pédagogique sur tablette pour enseigner le Moyen Âge corse dans le primaire et le secondaire à partir des travaux de recherche les plus récents. « Notre ambition est de créer un outil ludique et didactique à destination des professeurs afin de rendre cet enseignement plus attractif par le biais de supports modernes, comme par exemple des vidéos, souligne Vannina Marchi Van Cauwelaert. C’est l’une des conditions essentielles pour rendre accessible au plus grand nombre toute la richesse de cette période historique ».

 

 

 

 

Octobre 2019

A noter

L’exposition « Lieux de mémoire du Moyen Âge corse » est visible au Bâtiment Dr Edmond Simeoni, avenue Jean-Nicoli à Corte, jusqu’au 22 octobre.

Le programme « Les espaces de la Corse médiévale » est cofinancé par l’Union européenne et par la Collectivité de Corse.