À travers le projet ARCHE, l’Université de Corse et ses partenaires étudient ce virus transmis par les tiques aux humains et aux animaux dans les régions du sud de la France. Objectif : mieux comprendre l’émergence de cette maladie potentiellement létale pour l’homme.
Les chercheurs de l’Unité des Virus Emergents (Aix-Marseille Université, Università di Corsica, IRD 190, Inserm 1207, IRBA) s’intéressent à une maladie émergente au fort potentiel épidémique qui suscite une vigilance accrue en France depuis plusieurs années : la fièvre hémorragique de Crimée-Congo. « L’objectif des recherches menées dans la cadre du projet ARCHE est d’évaluer le risque d’émergence de ce virus en particulier dans les régions du sud de la France, explique Alessandra FALCHI, maître de conférences en épidémiologie à l’Université de Corse et directrice adjointe de l’Unité des Virus Émergents. Il s’agit, dans un premier temps, de collecter les connaissances et de mieux comprendre les mécanismes de diffusion de ce virus. »
Transmise par les tiques aux humains et aux animaux, la fièvre hémorragique de Crimée-Congo était jusqu’ici principalement observée en Afrique, en Asie et dans certaines régions d’Europe. Le virus a récemment été détecté dans le sud de la France, alors que l’aire de répartition de ces tiques progresse vers le nord du pays sous l’effet notamment du changement climatique. Si elle se révèle asymptomatique chez les animaux, et ne présente pas de risque sur la consommation de viande, cette maladie est potentiellement létale pour l’homme. Chez l’humain, l’infection débute par des symptômes grippaux et peut évoluer vers des formes hémorragiques sévères, mortelles dans environ 30 % des cas. En France, si le virus a été détecté pour la première fois sur des tiques collectées dans des élevages bovins du sud du pays en 2023, aucun cas humain autochtone n’a été constaté à ce jour. Mais, dans d’autres pays, comme l’Espagne, une douzaine de cas humains ont été rapportés depuis 2016, au rythme d’un à trois cas par an, précise l’Institut Pasteur. Les cas se sont produits en majorité chez des personnes travaillant dans le secteur de l’élevage, comme les exploitants agricoles, les employés des abattoirs ou les vétérinaires.
Pour ces raisons, les pouvoirs publics s’intéressent de près à cette maladie faisant partie des virus infectieux émergents zoonotiques. En 2023, le gouvernement a lancé un premier appel à projets du programme de recherche « France 2030. » Baptisé PREZODE, pour PREventing ZOonotic Diseases Emergence, il a pour objectif de soutenir les projets interdisciplinaires de recherche fondamentale visant à mieux comprendre les liens entre les activités anthropiques, les changements globaux et mécanismes d’émergence de maladies zoonotiques. À ce titre, le projet ARCHE, qui associe onze partenaires, bénéficie d’une aide à hauteur de trois millions d’euros pour mener ce programme de recherche.
Les résultats attendus devront permettre d’identifier les facteurs favorisant à la fois l’émergence et les risques de transmission, d’améliorer les méthodes de détection du virus, d’estimer sa circulation et de modéliser la dynamique de sa transmission. « À terme, il s’agira de proposer des actions préventives et des mesures de protection de la population, avance Alessandra FALCHI. Viendra ensuite, sans doute, la question du traitement de cette maladie et d’un vaccin. Car cette émergence risque de représenter, à l’avenir, un enjeu très fort de santé publique. »
Mai 2026

